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Casse-croûte

Un blog politique et culturel au service d'un éco-socialisme gourmand.

Les jours silencieux...

Publié le 2 Mai 2017 par Nicolas Marjault

Rarement un climat d’entre-deux tours des présidentielles n’aura été aussi morne. Compte-tenu de la présence au second tour de Marine Le Pen, concédons que ce constat puisse être reçu par bon nombre d’entre nous comme des plus préoccupants.

D’aucuns diront que le 21 avril 2002 est passé par là ; que la mauvaise surprise a désormais l’allure d’une tragique fatalité, fruit de quarante années de croissance molle et de chômage fort, de régressions néolibérales et d’explosion des inégalités ; de désaffiliations politiques, syndicales, associatives, vicinales et familiales sur fond de marchandisation et de globalisation généralisées. D’autres y verront probablement les conséquences d’un premier tour qui a segmenté comme jamais les différentes sensibilités qui composent, depuis plus de deux siècles maintenant, le paysage politique français. Certains y liront enfin l’énonciation de loi de Clausewitz, à savoir que la politique n’est que la prolongation de la guerre avec d’autres moyens. Dire qu’on puisse voir dans ce kaléidoscope des causes, une part de vérité ne fait aucun doute.

Mais cette indéfinissable ciel de traîne qui plombe ces deux semaines se nourrit-il seulement de nos colères plus ou moins refoulées ? Ne faut-il pas aussi y lire une certaine forme de gravité, de conscience aiguë de nos responsabilités ? Après tout, s’acquitter dimanche de son devoir républicain suppose aussi de se préparer à endurer l’indécence des porteurs d’eau d’En Marche qui, dès le résultat connu ou presque, transformeront une nécessité institutionnelle (faire barrage aux petits enfants de Vichy) en opportunité politique (donner une majorité à leur président).

Au final, il y a probablement un peu de toutes ces contradictions en chacun de nous, de la colère et de la lucidité entremêlées, du respect pour un corps citoyen qui a su déjouer tous les scénarios dans lesquels on avait voulu l’enfermer et d’inquiétude quant à sa volonté majoritaire, cette fois-ci, de souscrire au seul récit républicain qui s’impose. Nul doute que la République dispose toujours de cette « assise de granit » du suffrage universel (pour reprendre l’expression de Jules Ferry) mais le problème aujourd’hui, c’est que cette « assise de granit », plus grand monde ne la fait vibrer.

Nicolas MARJAULT

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